
Frankenstein
Lire, écrire, s’instruire peut être une aventure.
La naissance de la créature
Au début du XIXe siècle, Victor Frankenstein, un jeune savant suisse, découvre comment donner la vie à la matière inerte. Isolé dans son laboratoire, il assemble un corps et travaille durant deux ans. Dans cet extrait, son expérience aboutit enfin, mais sa réussite se transforme aussitôt en cauchemar.
Dans le cours de mes réflexions, germait l'idée que si je pouvais animer la matière inerte1, je serais aussi à même un jour de redonner la vie à un corps apparemment voué à la décomposition. Je poursuivais ma tâche avec un acharnement infatigable. Parfois, sur le point de réussir, j'essuyais un échec, mais je me raccrochais toujours à l'espoir que le jour suivant verrait la réalisation de mes projets.
Le secret que j'étais seul à posséder m'occupait tout entier et la lune assistait à mon travail nocturne, tandis qu'avec obstination et impatience je sondais les mystères de la nature. Qui pourrait imaginer l'horreur de mon labeur secret lorsque je profanais2 l'humidité des tombes ou torturais quelque animal vivant pour arracher la vie à la matière inerte ? Mais une rage irrésistible, la frénésie, me poussait en avant.
Je réunissais les os dans les charniers3 et mes doigts immondes violaient les extraordinaires secrets du corps humain. J'avais aménagé une chambre, ou plutôt une cellule, tout en haut de ma maison, séparée des autres pièces par une galerie et un escalier. La salle de dissection et l'abattoir me fournissaient la plupart de mes matériaux et souvent mon naturel sensible me faisait détourner avec dégoût de mon travail. Nonobstant4, poussé par une curiosité toujours plus grande, je m'approchais du but.
Les mois d'été s'écoulèrent, alors que j'étais, corps et âme, tout à mon travail. Jamais les champs n'avaient produit autant de récoltes et les vignes luxuriantes5 autant de vin, mais mes regards restaient insensibles aux charmes de la nature. Les feuilles s'étaient flétries avant que mon travail n'approchât de sa fin. Chaque nuit, j'étais oppressé par la fièvre et je devenais de plus en plus nerveux. La chute d'une feuille me faisait sursauter, je fuyais mes semblables comme si j'étais coupable d'un crime.
Ce fut par une sinistre nuit de novembre que je parvins à mettre un terme à mes travaux. Avec une anxiété qui me rapprochait de l'agonie, je rassemblai autour de moi les instruments qui devaient donner la vie et introduire une étincelle d'existence dans cette matière inerte qui gisait à mes pieds. Il était une heure du matin et la pluie frappait lugubrement contre les vitres.
Ma bougie allait s'éteindre lorsque je vis s'ouvrir l'œil jaune stupide de la créature. Elle se mit à respirer et des mouvements convulsifs6 lui agitèrent les membres.
Comment pourrais-je décrire mon émoi devant un tel prodige ? Comment pourrais-je dépeindre cet être horrible dont la création m'avait coûté tant de peines ? Ses membres étaient proportionnés et les traits que je lui avais choisis avaient quelque beauté. Quelque beauté ! Grand Dieu ! Sa peau jaunâtre, tendue à l'extrême, dissimulait à peine ses muscles et ses artères. Sa longue chevelure était d'un noir brillant et ses dents d'une blancheur de nacre7. Mais ces avantages ne formaient qu'un contraste plus monstrueux avec ses yeux stupides, sa peau ridée et ses lèvres noires et minces.
J'avais, pendant deux ans, travaillé sans répit pour donner la vie à un corps inanimé. J'avais négligé mon repos et ma santé. J'avais cherché à atteindre ce but avec une ardeur immodérée8, mais maintenant que j'y étais parvenu, la beauté de mon rêve s'évanouissait et j'avais le cœur rempli d'épouvante et de dégoût.
Incapable de supporter la vue de l'être que j'avais créé, je sortis de mon laboratoire et longtemps je tournai en rond dans ma chambre à coucher, sans trouver le sommeil. Enfin, la fatigue l'emporta et je me jetai tout habillé sur mon lit pour chercher l'oubli de ma situation. Je dormis sans doute, mais ce fut pour être assailli par des rêves terribles.
Une sueur glacée me couvrait le front, mes dents claquaient, j'étais saisi de convulsions. Puis, la lumière jaunâtre de la lune se glissa à travers les croisées9 et j'aperçus le malheureux, le misérable monstre que j'avais créé. Il soulevait le rideau de mon lit et ses yeux étaient fixés sur moi. Ses mâchoires s'ouvrirent et il fit entendre des sons inarticulés, tout en grimaçant. Peut-être parlait-il, mais je ne l'entendis pas. Une de ses mains était tendue, comme pour me retenir.
Je pris la fuite et me précipitai vers les escaliers. Je cherchai refuge dans la cour de la maison où je passai le reste de la nuit…
- Sans vie.
- Traiter sans respect ce qui doit l’être.
- Lieux où sont entassés des ossements.
- Cependant.
- Très abondantes.
- Brusques et involontaires.
- Matière blanche et brillante.
- Excessive.
- Vitres d’une fenêtre.
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