Méthode & Pédagogie
Mon enfant fait tellement de fautes.
Par où commencer ?
Par Jean-Daniel Torres, professeur de français au collège depuis vingt ans
C’est la question que des parents me posent depuis vingt ans à chaque réunion parents-professeurs, en cinq minutes, avec une vraie inquiétude dans les yeux. Voici ce que je leur réponds.
L’orthographe se construit sur le temps long
Premier avertissement, et il est important : les progrès en orthographe ne se voient pas en trois semaines. Ils s’installent sur trois mois, six mois, un an, parfois deux. C’est cumulatif, invisible, ingrat au début. Et puis un jour, on voit les premiers résultats. Les fautes diminuent. L’enfant écrit avec plus d’assurance. Ce n’est pas magique — c’est mécanique.
Comme le sport. Personne ne court un marathon après deux semaines d’entraînement. Mais deux ans de pratique régulière transforment un corps. L’écriture transforme un cerveau de la même façon.
Il n’y a pas 50 règles à maîtriser. Il y en a 7.
La plupart des fautes des enfants se concentrent sur un nombre réduit de points. Maîtriser ces sept fondamentaux épure considérablement l’orthographe d’un enfant.
La majuscule en début de phrase et le point à la fin. C’est le premier réflexe à installer — et le plus souvent absent. Exercice gratuit →
L’accord sujet-verbe. « Les enfants jouEs » — c’est l’une des fautes les plus fréquentes, surtout quand le sujet est éloigné du verbe ou quand il y en a plusieurs. Exercice gratuit →
Les conjugaisons. C’est le gros morceau. Elles s’apprennent par la pratique, à l’oral et à l’écrit, en les épelant, en les écrivant régulièrement jusqu’à ce que le geste devienne automatique. Exercices gratuits →
L’accord de l’adjectif en genre et en nombre. Féminin, masculin, singulier, pluriel — quatre concepts simples qui demandent de la répétition pour devenir des réflexes.
Les homophones essentiels. Est/et, a/à, on/ont, son/sont, ou/où. Pas besoin de tous les maîtriser d’un coup. Ces cinq-là en premier.
La confusion -é/-er. Participe passé ou infinitif — c’est l’une des fautes les plus fréquentes au collège et la plus simple à corriger avec la bonne méthode.
L’accord du participe passé utilisé comme adjectif. Un point souvent négligé, ou confondu avec l’accord de l’adjectif qualificatif.
Faire écrire — tous les jours
La règle la plus simple et la plus efficace : faire écrire l’enfant chaque jour. Pas deux heures. Vingt minutes.
Pas des exercices à trous. Pas des cases à cocher. Des phrases entières, recopiées à la main. Des verbes conjugués à toutes les personnes, et surtout, des exercices à recopier, corrigés immédiatement.
C’est ce que l’école faisait naturellement il y a trente ans. C’est ce qu’elle ne peut plus faire aujourd’hui, faute de temps, mais surtout parce que les exercices à recopier sentent la naphtaline. Ce n’est pas un jugement — c’est une réalité structurelle. Et c’est précisément ce que les parents peuvent compenser à la maison.
Un exercice par jour, 4 jours par semaine, 40 semaines dans l’année : c’est en moyenne 16 000 mots écrits et 1 300 phrases complètes.
Faire lire — des romans
L’autre levier, souvent sous-estimé : la lecture de romans. Pas de BD, pas de mangas — pas parce que ce sont de mauvaises lectures, mais parce qu’elles ne contiennent que des dialogues. Le langage des bulles, sauf exceptions, c’est le langage oral mis en images. L’enfant y retrouve des mots qu’il connaît déjà.
Dans un roman, le narrateur décrit, plonge dans les pensées des personnages, raconte les actions. Il utilise un vocabulaire qu’on ne trouve nulle part ailleurs — ni à la télévision, ni à table, ni dans les conversations entre copains. Pour croiser le mot lugubre, le mot chancelant ou le mot patibulaire, il faut lire des romans. L’enfant peut lire cent BD sans les rencontrer une seule fois. Deux romans suffisent pour les croiser plusieurs fois.
Vingt minutes de lecture par jour sur 140 jours d’école : environ 560 000 mots lus, soit plus de 37 000 phrases. Sur trois ans : près de 1 700 000 mots.
Des romans jeunesse pour commencer — même si l’enfant a 12 ans. Lire notre article sur la lecture →
Pourquoi ça vaut la peine d’attendre
Lire et écrire correctement, ce n’est pas seulement réussir en français. C’est la compétence transversale — celle qui conditionne la réussite dans toutes les matières. Un enfant qui comprend mal ce qu’il lit, un enfant qui n’arrive pas à écrire lisiblement ce qu’il a compris, est un enfant en difficulté dans toutes les disciplines.
Et dans le monde de demain, la capacité à formuler clairement sa pensée à l’écrit sera encore plus décisive. Communiquer avec les outils d’intelligence artificielle, c’est écrire, expliquer, argumenter, préciser, reformuler… Celui qui sait exprimer ses idées avec précision aura un avantage que les autres n’auront pas.
Ce que j’ai construit pour répondre à cette question
Vingt ans de classe m’ont convaincu d’une chose : nous devons faire écrire nos enfants. C’est exactement pour cela que j’ai créé Biblius.
Une méthode simple, qui éveille la curiosité des enfants et nourrit leur imaginaire. Des exercices à recopier à la main, des conjugaisons à graver dans la mémoire, des évaluations courtes et préparées — le tout ancré dans des univers qui plaisent aux enfants : mythes, légendes, histoire, sciences.
Vingt minutes par jour. Pas pour remplacer l’école. Pour compléter ce qu’elle ne peut plus ou ne veut plus faire.
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